Il marchait lentement le long du sentier entouré de végétation, et il leva les
yeux pour admirer le mouvement délicat des feuilles des arbres, harmonieusement
réunies en une symphonie de chuintement apaisant.
Le lumière était douce.
Reposante.
Chaque son était subtilement intégré dans l'environnement.
Aucune violence.
Aucune souffrance.
L'apaisement était presque irréel, mais il le percevait en profondeur.
Il le vivait bel et bien!
Rien ne pouvait égaler cette sensation de légèreté.
Il réalisait que son,corps n'avait rien d'une machine.
Aucun contact froid, aucun asservissement électromécanique...
Et aucune pensée parasite.
Rien que sa pensée.
Pas de réseau de communication collectif.
Pas de pensée dominante.
Pas de protocole decommandement.
Rien.
Rien que le vent, que le ciel aux couleurs douces, que les arbres, et ce sentier
qu'il suivait comme mu par une volonté bienveillante qui le guidait dans l'apaisement.
Le sentier semblait interminable, mais aucune impatience ne venait troubler la
quiétude de sa progression parmi les arbres. Alors que la végétation se faisait moins
dense, il aperçut un léger scintillement au travers des feuillages.
Un scintillement doux, renvoyant une belle lumière.
Il se sentit inexorablement attiré par ce scintillement, et il se retrouva face à un étang.
L'eau était limpide et ondulait légèrement sous l'influence du vent léger
qui balayait sa surface.
A la surface de cet étang, se reflétait l'image de sept lunes qui le dominaient.
Ces sept lunes étaient réparties à la suite les unes des autres dans le ciel bleu,
formant un splendide éventail lumineux.
Il regarda tout autour et respira profondément, profitant de cet air frais et
limpide, de l'ambiance chaleureuse et limpide de l'endroit, de la beauté bienveillante
de la nature que l'entourait, du chant du vent dans les arbes qui encerclaient l'étang
merveilleux qui s'étendait face à lui... Son regard balaya le paysage, et il s'arrêta un
bref instant sur une silhouette vêtue de blanc qui se tenait non loin de là, en bordure
de l'étang.
Une attirance surnaturelle l'envahit, et il commença à s'approcher...
***
L'acharnement de l'impulsion intracrâniennele fit revenir à la réalité, sa réalité,
celle qui s'imposait à lui en cet instant.
La violence de l'assaut ennemi avait mis en péril toute l'organisation de l'unité,
qui s'était déployée à la hâte en formationdispersée, en vue de prendre position
et de faire front face à l'ennemi.
Les rafales de projectiles incendiaires enflammaient tout le périmètre, et une
fumée noire ajouta une couche de noirceur à l'atmosphère déjà occultée par une
période de conflit d'une durée incommensurable. Il adopta une position de combat,
prêt à participer à la contreoffensive qui prenait déjà forme à l'initiative de ses
semblables. La zone était totalement dévastée, et il était délicat d'estimer l'origine des
tirs ennemis. Des informations véhiculées par intrication quantique orientèrent les tirs
de l'unité, et un véritable déluge de projectiles explosifs, de flammes, et de puissance
destructrice s'abattit sur la plaine...
Une ogive incendiaire libéra sa puissance à quelques mètres d'altitude,
et Numéro Quatre ressentit de plein fouet l'impact del'onde de choc qui fondit sur lui.
Ses membres modifiés compensèrent la force depression, et il campa sur sa position,
non sans accuser le coup d'une telle déflagration,malgré la capacité de son exosquelette
de métal.
Un diagnostique immédiat s'établit, et il fit l'inventaire de quelques avaries mineures à
certains de ses systèmes, mais les fonctions organiques semblèrent intactes.
Il ressentit instantanément la réaction des membres de l'unité, qui avaient au même instant
ressenti l'impact qui s'était abattu surlui.
Tous concentrèrent leurs tirs sur l'origine présumée de la charge explosive, et des
cibles aériennes furent rapidement acquises par les systèmes de guidage et de
verrouillage de projectiles autopropulsés.
De multiples explosions illuminèrent les cieux incandescents, et un vacarme épouvatable
ébranla le paysage dévasté.
Numéro Quatre cessa le tir, et changea rapidement de position.
Il stabilisa sa position dans une cratère d'impact explosif, et recommença à tirer.
Le réseau de communication était surchargé en informations diverses, et il sentit à quel point
lesprocesseurs auxiliaires qui équipaient son système nerveux central furent nécessaires
pour gérer la situation.
Deux nouvelles pertes étaient à déplorer au sein de l'unité.
Numéro Un lança une injonction de repli. Un pilonnage aérien avait été
recommandé par le Commandement Central, et il allait avoir lieu d'ici quelques
minutes.
L'unité se retira à plusieurs centaines de mètres, et fit l'inventaires de ses avaries multiples.
Pendant ce temps, le sifflement assourdissant des unités aériennes
télécommandées traversa le ciel, sans qu'aucune ombre ou silhouette ne soit
perceptible audessusd'eux. Quelques instants plus tard, un mur de flammes se dressa
et entama sa progression en direction des lignes ennemies, dévastant tout sur son
passage, anéantissant toute trace résiduelle de vie ou de mort dans la zone de combat.
Une garde de surveillance fut organisée au sein de l'unité, et plusieurs membres
se mirent en veille en vue de récupérer des dommages subits lors de leure dernière
tentative d'assaut...
Numéro Quatre fut de ceux là...
***
Il longea la rive de l'étang scintillant.
Le vent caressait son visage, et il sentit une vague d'apaisement l'envahir alors
qu'il entendait à nouveau le chant du vent dans les arbres. Il s'y sentit bien, apaisé.
Il regarda un peu plus loin, et il vit la silhouette, toute vêtue de blanc, qui se
tenait debout, paisiblement, face à l'eau de l'étang. Ses longs cheveux noirs ondulèrent
au gré du vent. Elle tourna les yeux vers lui, et lui sourit. Un sourire magnifique. Un
sourire de paix.
Il fut envahi par une sensation inhabituelle au fond de luimême.
Il se sentit
irrésistiblement attiré par elle. Il marcha à sa rencontre, calmement, et assurément,
sans la quitter du regard. Elle fit de même, et sa robe blanche ondula
majestueusement au gré de ses pas qui laissaient des empruntes délicates sur la rive
de l'étang.
Lorsqu'ils furent face à face, elle tendit les mains vers lui, le gratifiant d'un
regard à la fois percutant et pénétrant, tout en étant emprunt d'une immense douceur.
Une douceur qui était profonde, mais sincère et bien présente. Il le sentait. Il tendit les
mains à son tour, et leurs doigts se touchèrent. Le contact fut doux, et chargé d'une
grande sensibilité.
Il apprécia le bienêtre qui fut partagé, et cette douceur onirique lui fit considérer la vie
d'un oeil nouveau.
Sa perception fut ébranlée à tout jamais.
Et il se jura de ne jamais quitter ce rêve, du moins si c'en était un.
Il l'ignorait, et cela n'avait strictement aucune importance.
Sa place était ici, il le savait. Il le sentait.
Il le vivait au plus profond de lui, et rien ne pourrait remettre cela en question.
Il s'abandonna totalement à ce contact paisible, et rassurant.
Il prit conscience de sa place dans l'univers, de son parcours antérieur, et
constata qu'une décision irréversible était prise.
Sa place était ici, aux abords de cet étang paisible, et en sa compagnie.
Elle.
Elle qui changeait tout.
Elle, qui lui offrait une nouvelle vie, qui l'extirpait de cette adversité et de cette hostilité gratuite
qui dominait le monde d'où il venait. On lui avait prit le droit de rêver, mais le rêve était
revenu le chercher...
Et il ne comptait pas s'en éloigner, quoi qu'il arrive ou qu'il se passe...
***
Numéro Un enregistra l'injonction qui venait du Commandement Central.
Il sonda l'état de ses troupes, et ce qu'il constata remit en question l'idée qu'il se
faisait des ressources stratégiques qu'il avait à sa disposition pour satisfaire les ordres
du Commandement.
Après les dégâts mortels occasionnés à ses troupes, il constata qu'un autre
membre de l'unité avait été frappé par l'étrange mal qui affectait les unité semblables
à la sienne. Numéro Quatre n'avait pas réintégré l'environnement conscient de l'unité,
et était maintenant totalement déconnecté du réseau de communication.
Lui aussi était perdu.
Il sentit à nouveau de nombreuses interrogations transiter par le réseau. Il y
coupa court rapidement, et transféra les consignes venant du haut Commandement.
Ce qui restait de l'unité reprit sa progression, et bientôt de nouvelles déflagrations se
firent entendre, alourdissant davantage l'atmosphère plombée de la zone de combat,
où l'affrontement interminable ne semblait pas vouloir prendre fin.
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