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Malheureux que nous sommes, attachés à des illusions,
Nous prenons pour réel et durable ce monde de souffrance !
Puissions-nous, touché par la bonté du maître inégalé,
Connaître la bénédiction de tout vivre comme un enseignement !
À peine né, chacun se lance aussitôt sur la voie libre
Qui mène, par une porte étroite, jusqu'au Seigneur de la Mort.
Courroucé, déchaîné, son regard nous glaçant de terreur,
Il brandit un couperet et fait claquer son noir lasso.
Mais voilà, nous qui venons du pays des vivants,
Nous n'avons jamais songé qu'un jour nous ne serions plus.
Dans des sacs, nous conservons des graines blanches
Pour les semer en espérant une récolte ; mais nous,
Les fermiers qui ignorons quand finira notre vie,
Sommes-nous bien sûrs que nous serons présents
Pour boire le vin des moissons ?
Jeunes coqs que la pensé de la mort jamais n'effleure, prenez garde !
Homme ou cadavre, la différence ne tient qu'au fil ténu d'une respiration.
Facile est la séparation de l'âme et du corps au trépas du jeune homme !
On la dit pourtant lourde de peur et de chagrin.
Et vous, fraîches beautés de bijoux et de fleurs parées,
Prévoyez-vous de grisonner et de vous voir bientôt vieillir ?
Nulle cachette pour vous dérober à la furtive emprise de l'âge !
Qu'y pouvez-vous ? La vieillesse est parfois plus cruelle que la mort !
Ce corps, objet de tant de soins, n'est qu'un creuset de maux.
Sans prévenir, l'adversité le frappe, et les flèches acérées
De la maladie brisent le lien entre corps et esprit,
Faisant de soi une offrande au Seigneur de la Mort.
Ce cadavre si redouté, en vérité c'est bientôt toi.
Ô maître bienveillant, avec compassion regardez
Les malheureux que nous sommes, nous qui n'avons pas
Réussi à trancher la racine de toutes les méprises,
Qui longtemps, vie après vie, nous sommes laissés duper
Dans le samsara, la ronde des existences.
Puissions-nous connaître le bonheur de délier les nœuds de l'illusion !
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