Il s'éveilla soudainement dans l'obscurité.
Il avait froid, il faisait humide, et il sentit une résistance inhiber ses mouvement.
Il identifia rapidement la sensation d'une chaîne qui le retenait.
Il n'en éprouva aucune panique. Sa seule surprise fut en quelque sorte de ne pas
être surpris. Il estima cela révélateur, mais il ne comprenait pas encore la nature de ce
qui devait être révélé.
Il tenta d'accoutumer sa vision à l'obscurité. Il distinguait à peine les choses qui
l'entouraient. Il se leva, et réalisa que la chaîne fixée à sa cheville n'était n'était liée à
aucun point de fixation, le laissant ainsi libre de se mouvoir.
Où était-il?
Il n'en était pas très sûr. Ou plutôt, il sentit qu'il était en un lieu qu'il connaissait bien.
Trop bien, peut-être.
Mais trop longtemps la vision qu'il en avait eue avait été altérée.
Altérée par qui? Il se demandait bien s'il ne connaissait pas la réponse.
Il avança, palpant les murs froids et humides. Il retira bursquement sa main
alors qu'il sentait quelque chose lui frôler les doigts. Une créature de petite taille,
équipée de multiples paires de pattes. L'incapacité de distinguer ce dont il s'agissait
rendait la rencontre d'autant plus désagréable.
Il sentait une certaine forme d'angoisse quasi palpable apesantir l'atmosphère
particulière de l'endroit.
Il se remit en chemin. Il s'aperçut rapidement qu'il devait s'aider des mains pour
progresser. Le terrain était accidenté, et en pente. De multiples obstacles lui barraient
la route. Il dut grimper, et même escalader la paroi. Il se rendait en effet compte qu'il
devait remonter. Remonter une pente délicate, semée d'embuches, qui devait
l'emmener vers la lumière. Cette lumière. Cette belle lumière dont il avait enfin
identifié l'origine.
Les sentiments qui l'envahirent en cet instant furent teintés de panique. Autour
de lui, les choses conservaient un aspect familier, même s'il ne reconnaissait rien.
C'était un peu comme si il voyait enfin les choses telles qu'elles étaient. Hostiles et
obscures. Il en ressentait d'autant plus le besoin d'en sortir, de se hisser vers la
surface. Il devait à tout prix s'extirper de ce puits profond dans lequel il avait passé
tant de temps.
Trop de temps!
Il leva les yeux, et aperçut une lueur.
Cette perspective lui rendit du courage, et il redoubla d'effort pour sortir de cet
abîme tourmenté qui l'oppressait terriblement. Il ressentit le besoin de fuire cela,
voire même de restaurer l'enchantement, qui lui avait fait voir tout cela d'un oeil très
différent. Il comprit en cet instant à quel point la tromperie avait été confortable. Il
réalisa combien il avait été plus facile d'entretenir une illusion que de voir la vérité de
ce qu'il traversait.
Les mécanismes qui avaient été à l'oeuvre étaient puissants et complexes.
Et il réalisait à quel point son idée avait été proche de la réalité lorsqu'il s'étaitvu en entrepreneur unique de cet édifice, si ce n'était qu'il avait été l'architecte de
l'illusion qui avait été son quotidien depuis des temps immémorieux.
Une pâle lumière commençait à l'entourer, et cela facilita sa progression.
Il évitait tant que possible de multiples petites créatures qui se faufilaient sur
les parois, leurs multiples pattes crissant sur le sol accidenté.
Lorsqu'il émergea du tunnel vertical, ce fut pour se retrouver dans un couloir,
qui lui aussi dégageait une aura de familiarité, même s'il était méconnaissable.
L'endroit était dénué de vie, glauque, et baigné dans la pénombre.
Il scruta les couloir, les pièces poussiéreuses, et trouva l'escalier qu'il
recherchait.
Il se laissait parfois surprendre par de légères saccades dans sa perception
visuelle. Un décor très édulcoré se supersposait fugacement à la scène, mais l'illusion
n'insistait pas. Il avait la conviction qu'un processus complexe venait d'être
désamorcé, mais que des mécanismes de défense d'une sophistication prodigieuse
étaient à l'oeuvre pour restaurer l'illusion. Cette merveilleuse illusion qui lui avait
permis de tenir aussi longtemps. Cette effroyable illusion qui l'avait extrait de la
réalité des choses, pour ne lui faire connaître que sa réalité.
Les escaliers se dressaient droit devant, et il en entreprit aussitôt l'ascension.
Le souvenir de ce qu'il avait entrevu en haut de la Tour ne quittait pas son esprit
bouleversé par ce qu'il était en train de vivre.
Il gravit les marches rapidement, sans interruption.
Il ignora les soubresauts d'agonie de l'illusion tenace qu'il avait luimême
échaffaudée et entretenue.
Lorsqu'il arriva en haut de la Tour, il s'attarda un instant à ce qu'il vit.
L'édifice dans lequel il se tenait n'avait plus rien d'une Tour noble et
majestueuse, qui inspirait le respet et l'assurance. Non. Il s'agissait bel et bien d'une
ruine, d'un amoncellement informe et dévasté, qu'il avait habillé d'un simulacre
mental complexe, puir lui conférer une allure impénétrable.
Tandis que le décor avait perdu tout enchantement, il ne put s'empêcher
d'apprécier la sensation qu'il découvrait en ce lieu. Les murs étaits abimés, écorchés,
mais les ouvertes béantes donnant sur le monde extérieur engendraient un courant
d'air frais qui caressait son visage, et la douce lumière envahissait la Tour sans aucune
limitation, ne laissant aucune place au doute quant à son origine jusque là
mystérieuse.
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